Campagne NAWDIC : quatre phénomènes différents en une semaine


La campagne de mesure internationale NAWDIC («North Atlantic Waveguide, Dry Intrusion, and Downstream Impact Campaign»), entre décembre 2025 et mars 2026, vise à mieux comprendre les processus dynamiques et physiques qui forment les événements météorologiques extrêmes en hiver et à mieux les représenter dans les modèles de circulation atmosphérique.

Lors de la troisième semaine de la campagne NAWDIC en Irlande, quatre vols ont été effectués : le premier s’est intéressé à l’interaction entre une intrusion d’air sec et la couche limite, deux vols ont permis d’observer le front chaud et la tête nuageuse d’une même dépression et le quatrième vol a échantillonné une rivière atmosphérique.

Figure 1 : Trajectoires des quatre vols effectués par l’avion ATR42 (avion scientifique français piloté par SAFIRE) lors de la troisième semaine de la campagne. Crédits : N. Maury, H. Burgaud, N. Chiabrando.

Figure 1 : Trajectoires des quatre vols effectués par l’avion ATR42 (avion scientifique français/ SAFIRE) lors de la troisième semaine de la campagne. Crédits : N. Maury, H. Burgaud, N. Chiabrando.

 

Le vol du 16 février 2026 a étudié une intrusion d’air sec marquée par des nuages éparses sur l’image satellitaire de la figure 2 (ci-dessous). Ce vol a été également l’occasion d’une coordination avec l’avion allemand HALO et d’un passage sous la trace du satellite EarthCare (figure 2).

Figure 2 : Image satellite géostationnaire de l’intrusion d’air sec du 16 février 2026 et vol de l’ATR42 sous la trace du satellite EarthCare (trajectoire bleue sur la figure 1) – visualisation by AERIS (https://observations.ipsl.fr/aeris/nawdic/#/map)

Figure 2 : Image satellite géostationnaire de l’intrusion d’air sec du 16 février 2026 et vol de l’ATR42 sous la trace du satellite EarthCare (trajectoire bleue sur la figure 1) – visualisation by AERIS.

 

L’image satellite montre que les nuages éparses s’étendent du sud de l’Irlande jusqu’à la Bretagne. Les mêmes systèmes nuageux ont été observés également par le radar situé à bord de l’avion et celui au sol à Lannion (Bretagne), comme montré par les deux réflectivités mesurées par les radars (Figure 3).

 

Figure 3 : Réflectivité obtenue avec deux radars, l’un au sol sur le site de Lannion (radar BASTA ; vignette du haut) et l’autre situé à bord de l’avion ATR42 (radar RASTA ; vignette du bas) le lundi 16 février 2026. Sur la vignette du bas, la ligne noire correspond à la hauteur de vol de l’avion. Crédit quicklook : J.Delanoë.

Figure 3 : Réflectivité obtenue avec deux radars, l’un au sol sur le site de Lannion (radar BASTA ; vignette du haut) et l’autre situé à bord de l’avion ATR42 (radar RASTA ; vignette du bas) le lundi 16 février 2026. Sur la vignette du bas, la ligne noire correspond à la hauteur de vol de l’avion. Crédit quicklook : J.Delanoë.

 

Le vol du 17 février a eu pour objectif d’étudier le front chaud associé à une dépression à l’ouest de l’Irlande (Figures 4 et 5). Le vent estimé par le radar à bord de l’avion est montré sur la figure 5. Le vent vertical est la somme de la vitesse de chute des hydrométéores et de la vitesse verticale de l’air.

 

Figure 4 : Image satellite de la situation du 17 février 2026 à l’ouest de l’Irlande où se trouvait une dépression représentée par les isolignes de la pression à la surface de la mer en couleur. En rouge se trouve le vol effectué avec l’ATR42 au cours duquel l’avion a traversé le front chaud plusieurs fois à différents niveaux. visualisation by AERIS.

Figure 4 : Image satellite de la situation du 17 février 2026 à l’ouest de l’Irlande où se trouvait une dépression représentée par les isolignes de la pression à la surface de la mer en couleur. En rouge se trouve le vol effectué avec l’ATR42 au cours duquel l’avion a traversé le front chaud plusieurs fois à différents niveaux. visualisation by AERIS.

 

Cette dernière étant faible devant les vitesses de chutes (-1 m/s pour la neige, – 6 m/s pour la pluie), la vitesse verticale est dominée par la vitesse de chute. La limite entre le jaune et le bleu permet de distinguer la zone de fonte et ainsi le front chaud.

Figure 5 : Intensité et direction du vent mesurée par le radar RASTA à bord de l’avion le 17 février 2026. (En haut) vent vertical, (au milieu) intensité du vent horizontal, (en bas) direction du vent horizontal. Crédits : J.Delanoë.

Figure 5 : Intensité et direction du vent mesurée par le radar RASTA à bord de l’avion le 17 février 2026. (En haut) vent vertical, (au milieu) intensité du vent horizontal, (en bas) direction du vent horizontal. Crédits : J.Delanoë.

 

Sur la vignette du milieu, les mesures d’intensité du vent horizontal indiquent l’existence de zones de vent fort : une en altitude vers 8 km qui correspond au « jet stream » et l’autre au premier kilomètre, qui correspond au jet de basse couche le long du front chaud.

L’une des questions clés posées dans le projet est comment la turbulence dans les basses couches de l’atmosphère s’organise pour transporter la quantité de mouvement du jet de basse couche vers le bas. C’est la raison pour laquelle les mesures de turbulences ont été effectuées en basses couches en volant à 500 m d’altitude (voir le segment de vol entre 17h15 et 17h45/Figure 5).

Le lendemain a été l’occasion de voler de l’autre côté de la dépression, dans ce qu’on appelle la tête nuageuse : une région classique de vents forts dans les tempêtes hivernales.

La figure 6 (ci-dessous) montre l’état de la mer sous la tête nuageuse de la dépression qui marque la signature de vents dépassant 100 km/h.

Figure 6 : Déferlement de vagues dans la zone de forts vents de la tête nuageuse lors du segment de vol de l’ATR42 à 500 m d’altitude le mercredi 18 février 2026 (vol F13 en couleur verte sur la figure 1).

Figure 6 : Déferlement de vagues dans la zone de forts vents de la tête nuageuse lors du segment de vol de l’ATR42 à 500 m d’altitude le mercredi 18 février 2026 (vol F13 en couleur verte sur la figure 1).

 

Le dernier vol de la semaine a permis d’échantillonner une rivière atmosphérique, c’est-à-dire un flux d’humidité transporté des régions subtropicales vers les latitudes tempérées, qui s’étire sur plusieurs milliers de kilomètres tout en ne mesurant que quelques centaines de kilomètres de large (voir l’image satellite de la figure 7).

Lors de ce vol, toute une panoplie d’hydrométéores ont été observés à différents niveaux  – dendrites, colonnes, particules givrés – ce qui permettra d’identifier les conditions favorables à leur formation.

Figure 7 : Image satellite MTG du 21 février 2026 ainsi que des exemples d’images d’hydrométéores capturées lors du vol.

Figure 7 : Image satellite MTG du 21 février 2026 ainsi que des exemples d’images d’hydrométéores capturées lors du vol.

 

Édité par Daniel Peyronel (ICOM-IPSL).

 

Pour en savoir plus

 

Suivre la campagne :

> L’Europe balayée par une série de tempêtes

> Situation météorologique exceptionnelle en Bretagne

> Mieux comprendre la formation des vents forts dans les tempêtes

> Observations de la tempête Goretti (8 janvier 2026)

Partenaires nationaux impliqués : LMD, LATMOS, LaMP-OPGC, CNRM-Météo-France, LAERO, AERIS, Safire.

Financements nationaux : projet bilatéral franco-allemand ANR-DFG DICHOTOMI (Dry Intrusion and Cloud Head winds On Top Of Marine Interfaces), Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), Centre national d’études spatiales (CNES).

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Gwendal Rivière


LMD - LATMOS