Des feux de 2003 aux mégafeux de 2026. Quels enseignements sur les impacts des incendies peut-on en tirer ?
Le département du Var est l’une des zones les plus touchées par les feux de forêt en France. Cependant, les trajectoires à long terme de l’érosion post-incendie et de la restauration des écosystèmes restent mal comprises, notamment à l’échelle du bassin versant qui est l’unité concentrant les écoulements à travers le paysage. Le LSCE vient de publier une étude réalisée sur trois micro-bassins versants des réservoirs de la zone dite de « Peguières », situés dans le massif de l’Estérel qui a été entièrement affectés par les incendies de 1987 ou de 2003 (année historique en France, 61424 ha de surface parcourue par les feux de forêt source : Base De Données sur les Incendies de Forêt en France (BDIFF)).
Leur faible superficie (< 40ha), leur topographie escarpée, la forte connectivité entre les versants incendiés et les réservoirs favorisent un transfert rapide des sédiments, permettant de documenter avec précision les réponses hydro-sédimentaires face aux incendies. L’approche développée dans ce travail, est basée sur l’analyse d’archives sédimentaires, couplée à des analyses multi-proxies (géochimiques, physiques, et granulométriques). Contrairement aux approches classiques limitées à des observations de courte durée et dépourvues de références pré-incendie, cette méthode a permis de reconstruire les phases de l’avant, le pendant et l’après-incendie sur près de cinq décennies, offrant ainsi une vision intégrée de l’évolution des flux sédimentaires et de la résilience des écosystèmes.
Ces travaux ont permis de mettre en évidence le rôle central des incendies de forêt dans la modification des transferts de matière au sein des bassins versants méditerranéens, en soulignant que leurs effets s’étendent bien au-delà des perturbations immédiates (e.g. destruction de la végétation). Dans un premier temps, les résultats montrent que les incendies entraînent une augmentation marquée de l’érosion, dont l’intensité dépend des caractéristiques locales des bassins versants (topographie, couverture végétale, propriétés des sols, connectivité du réseau hydrographique et pratiques de gestion post-incendie).
![]() Forêts brûlées dans le Var, oct. 2024. © Olivier Evrard |
![]() Forêts brûlées dans le Var, oct. 2024. © Olivier Evrard |
![]() Forêts brûlées dans le Var, oct. 2024. © Olivier Evrard |
![]() Forêts brûlées dans le Var, oct. 2024. © Olivier Evrard |
| Forêts brûlées dans le Var, oct. 2024. © Olivier Evrard | |
Cette réponse érosive immédiate met en évidence une forte variabilité spatiale entre les sites étudiés, malgré des contextes géologiques et climatiques comparables. À plus long terme, les trajectoires de résilience diffèrent selon l’historique des incendies. Les bassins versants affectés par l’incendie de 2003 et partageant la même pyro-histoire, présentent une évolution similaire, avec des taux d’érosion restant supérieurs aux niveaux pré-incendie vingt ans après le feu, traduisant une absence de retour aux conditions initiales. En revanche, le bassin versant qui a été principalement touché par l’incendie de 1987, suit une dynamique différente, avec une diminution progressive des taux d’érosion quarante ans après l’incendie, suggérant un retour vers les conditions d’avant-incendie.
Ces résultats interrogent le consensus selon lequel les écosystèmes méditerranéens retrouvent systématiquement leur fonctionnement d’avant l’incendie durant la première décennie qui suit un événement de feu et montrent que le retour aux dynamiques initiales pré-incendie peuvent prendre plusieurs décennies. Ils soulignent ainsi que la résilience des bassins versants dépend fortement des conditions locales et des interactions entre les processus géomorphologiques, la régénération de la végétation et les pratiques de gestion post-incendie. Au-delà de leur impact sur les flux sédimentaires, ces processus érosifs influencent également le transfert d’autres substances associées aux particules mobilisées, notamment la matière organique et les contaminants accumulés dans les sols et la végétation. Ainsi, l’érosion post-incendie constitue un processus central reliant les transformations physiques des bassins versants aux changements biogéochimiques observés dans les milieux.
![]() Lac chargé en sédiments dans l’Estérel. © Olivier Evrard |
![]() Lac des Escarcets. © Olivier Evrard |
L’ensemble de ces résultats soulignent l’importance des impacts des feux de forêt sur les écosystèmes méditerranéens et mettent en évidence la nécessité de renforcer les stratégies de prévention, de lutte et de gestion post-incendie. Au-delà des événements tragiques de l’été 2026 et dans le contexte du réchauffement climatique, les projections indiquent que les feux de forêt constitueront un défi environnemental et socio-économique majeur au cours des prochaines décennies. L’augmentation de la fréquence et de la gravité des incendies, sous l’effet combiné du changement climatique et des activités humaines, rend indispensable une gestion intégrée du risque à l’échelle nationale. En effet, les incendies actuellement en cours en Gironde ou dans la forêt de Fontainebleau illustrent que cette problématique ne concerne plus uniquement les régions méditerranéennes, mais bien l’ensemble du territoire hexagonal français. En mettant en évidence la persistance des effets des incendies à long terme, cette étude apporte des observations originales sur les trajectoires de récupération des bassins versants, qui peuvent se révéler utiles pour adapter les politiques de gestion et limiter les impacts de crises socio-environnementales majeures face à un risque appelé à s’intensifier.
Pour en savoir plus
Référence
Ducruet, R., Foucher, A., Vallet, L., Mouillot, F., Chaboche, P.A., Lefèvre, I., Evrard, O. (2026). Record of Soil Erosion Dynamics: Pre- and Post-Wildfire Observations derived from sediment core analyses in Contrasting Ecosystems (Var, Southern France). Geomorphology 503, 110278.
Contacts
Romain Ducruet, LSCE-IPSL •
Anthony Foucher, LSCE-IPSL •
Olivier Évrard, LSCE-IPSL •



