Le flux de carbone des mangroves modifié par les ouragans


Les ouragans modifient le flux de carbone dans les mangroves.

Dans un article publié dans Communications Earth & Environment, une équipe de chercheuse et chercheurs du LGENS, du LMD et de l’Université d’Hawaï présente une série temporelle de 5 ans, avec une résolution de 15 minutes, des flux de carbone organique et inorganique dissous (DOC et DIC) sortant de la plus grande forêt de mangrove continue d’Amérique du Nord, située dans le parc national des Everglades. Les données couvrent une période allant de 2014 à 2019 qui inclue le passage de l’ouragan de catégorie 3-4 « Irma » en 2017.

Les mangroves figurent parmi les écosystèmes les plus productifs de la planète. Servant d’interface critique entre surface continentale et océan, elles jouent un rôle essentiel dans la régulation des flux de carbone (C) vers l’océan à travers un écoulement latéral venant des terres. Ces écosystèmes sont de plus en plus menacés par une vaste dégradation causée par les activités humaines, la montée du niveau de la mer et des ouragans plus intenses. L’effet des ouragans sur les flux de C dans ces écosystèmes est cependant peu connu.

Les résultats de l’étude révèlent une diminution substantielle et soutenue de la quantité de carbone dissous (organique comme inorganique), qui reste faible jusqu’à deux ans après l’ouragan. Comparée à celle des marais situés en amont, la contribution de l’estuaire de mangroves au flux sortant de carbone, qui inclut la respiration racinaire et la minéralisation de la matière organique, est en baisse. Les mécanismes proposés pour expliquer ces chiffres sont 1) une augmentation de flux latéral de C pendant l’ouragan, qui laisse l’estuaire plus appauvri en C dissous, combinée à 2) une mortalité extrême des arbres causée par l’ouragan, qui réduit la couverture végétale et limite la respiration racinaire.

 

Flux de carbone dissous (DIC et DOC) avant et après l'ouragan Irma (*106). © Annemiek Stegehuis

Flux de carbone dissous (DIC et DOC) avant et après l’ouragan Irma (*106). © Annemiek Stegehuis

 

Après la récupération des forêts de mangroves, qui nécessitera entre trois et cinq ans, le flux de sortie pourrait être rétabli à ses valeurs pré-ouragan. Cependant, étant donné la probabilité que ce type d’événements soient plus intenses à l’avenir, les flux de C vers l’océan risquent d’être réduits de façon permanente, entraînant un changement du budget et du flux latéral de C des mangroves. La capacité protectrice de ces dernières contre l’acidification des océans côtiers serait alors à son tour fortement modifiée.

 

Mangroves. © Annemiek Stegehuis

© Annemiek Stegehuis

 

Pour en savoir plus

Référence
Stegehuis, A.I., Ho, D.T., Bopp, L. et al. Reduced carbon outflow from a Floridian mangrove estuary up to two years after a hurricane. Commun Earth Environ 7, 395 (2026). https://doi.org/10.1038/s43247-026-03249-w

Contact
Annemiek Stegehuis, LGENS•

Annemiek Stegehuis


Laboratoire de météorologie dynamique - LMD-IPSL