Disparition de François Raulin, professeur émérite à l’UPEC et au LISA


Nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès de François Raulin, professeur émérite à l’UPEC et au LISA, survenu le 9 juin 2026.

Diplômé de l’École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris (ESPCI) en 1969, François Raulin entame une carrière de recherche consacrée à l’étude des origines de la vie. Dans les années qui suivent, à l’Université Paris 6, il travaille avec Gérard Toupance, avec lequel il contribuera plus tard à la création du Laboratoire Interuniversitaire des Systèmes Atmosphériques (LISA), et René Buvet l’un des premiers chercheurs français à s’intéresser à la chimie des origines de la vie. Il prépare alors un doctorat d’État portant sur le rôle du soufre en chimie prébiotique. Entre 1977 et 1980, il part à deux reprises aux États-Unis :  d’abord au sein du célèbre laboratoire de Carl Sagan à l’Université Cornell, puis avec Cyril Ponnamperuma à l’Université du Maryland (où il rencontrera d’ailleurs Rafaël Navarro-Gonzalez, collègue mexicain qui aura un parcours équivalent à celui de François au Mexique, et avec qui il collaborera intensément jusqu’au début des années 2000). La planétologie donc, avec Carl Sagan, la chimie prébiotique avec Cyril Ponnamperuma, et il en fera la synthèse à son retour en France au travers de l’exobiologie. En 1980, il obtient un poste de maître-assistant à l’Université Paris 12, puis de professeur des universités en 1985.  C’est là qu’il installe durablement des recherches en lien avec les origines de la vie et les relie à la question de la recherche de la vie ailleurs. Après avoir développé son groupe de recherche au LISA, il prend la direction du laboratoire de 1997 à 2005. Ses deux mandats de direction successifs ont fortement impacté ce jeune laboratoire en le structurant solidement.

Ses recherches portaient sur la planétologie et l’exobiologie, en particulier sur Titan, les comètes et Mars. Il est à l’origine d’une génération de chimistes de formation, s’intéressant à la caractérisation moléculaire des atmosphères et des environnements planétaires, au sein d’une communauté traditionnellement composée d’astrophysiciens. Il veillera toutefois à préserver un équilibre interdisciplinaire entre la physique et la chimie au sein de son équipe.  Il abordera d’abord ses recherches au travers d’expériences de simulation en laboratoire : Terre primitive, Titan, Neptune, les comètes, Mars… mais aussi par l’analyse in situ en initiant le développement d’instruments d’analyse chimique de pointe, tels que les chromatographes en phase gazeuse, qu’il enverra sur Titan, la comète 67P, et bientôt Mars. Nombre de ses anciens doctorants et anciennes doctorantes continuent sur ses pas au sein des différentes équipes de planétologie en France.  Il fut scientifique interdisciplinaire de la mission Cassini-Huygens (IDS) et co-investigateur des expériences CIRS (Cassini), ACP et GC-MS (Huygens). Il fut également co-investigateur des expériences COSAC et COSIMA de la mission cométaire européenne Rosetta et jusqu’à récemment, le principal investigateur (PI) de l’instrument Moma GC, qui partira pour Mars en 2028. Son héritage scientifique est profond et immense. Il y a encore quelques mois, on trouvait dans la littérature scientifique la citation de l’un de ses premiers articles, publié en 1975, sur la chimie d’atmosphères composées de CH4 et H2S, pour ramener à la raison des auteurs prétendant qu’une possible détection du sulfure de diméthyle dans l’atmosphère de l’exoplanète K2-18b pouvait être une trace de vie. Une simple décharge électrique suffit, et François l’avait déjà montré il y a 50 ans.

Avec son compère André Brack, il est considéré comme l’un des pères fondateurs de l’exobiologie en France. Dès les années 80, il milite avec courage et détermination auprès d’instances méfiantes, pour la reconnaissance de cette discipline. Il sera à l’initiative de la création du premier GDR Exobiologie en 1999, dont il sera le premier directeur. Il présidera le premier groupe de travail Exobiologie du Cnes, à partir de 2004 et contribuera à la création en 2009 de la Société Française d’Exobiologie dont il sera le premier président. Souvent le premier donc, et toujours soucieux de transmettre et faire fructifier un héritage scientifique.

Tout au long de sa carrière, il s’est également impliqué dans l’organisation et la structuration de la communauté exobiologique internationale. Il fut président de la Commission F (Sciences de la vie) du COSPAR (Committee on Space Research), vice-président du Groupe de Protection Planétaire du COSPAR et premier vice-président de l’ISSOL (International Society for the Study of the Origin of Life). Toute une communauté scientifique internationale et interdisciplinaire reconnaît en lui un scientifique précurseur, honnête, diplomate, patient, moteur et généreux. Il a continué à exercer de nombreuses responsabilités scientifiques et institutionnelles après sa retraite en 2015, et participait encore il y a quelques semaines aux réunions du Groupe de Physico-Chimie Organique Spatiale, qu’il avait fondé au LISA il y a plus de 30 ans ou encore à celle du CNES pour la mission ExoMars, se projetant à 2028 pour le décollage. Il n’a jamais voulu qu’on organise un pot pour son départ à la retraite, et a continué à travailler sur l’instrument MOMA GC, participer aux réunions du panel de protection planétaire du COSPAR tant qu’il en a eu la force.

Soucieux de formation et transmission, il a coordonné à l’UPEC la création de la licence et de la maîtrise chimie en 1991 et en a été le premier directeur jusqu’en 1999. Enseignant très investi, il a marqué des générations d’étudiants et suscité des vocations dans le domaine de l’enseignement et de la recherche.
Au-delà de ses nombreux articles scientifiques, il nous laisse aussi des articles de vulgarisation publiés dans Ciel et Espace, Science et Vie, Science et Avenir… ainsi que des livres liés au domaine des origines de la Vie et de l’exobiologie. Il a aussi participé à de nombreuses émissions de radio et TV, car il savait expliquer clairement des concepts scientifiques abstraits et lointains. Plusieurs vidéos en témoignent où il décrit son parcours et son métier (12) et où il évoque la Société Française d’Exobiologie et dans cette vidéo, les enjeux des recherches en exobiologie. On y retrouve François tel que nous l’avons connu.

Source : LISA-IPSL.

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Laboratoire Interuniversitaire des Systèmes Atmosphériques - LISA-IPSL