Portrait de Laure Vilgrain

Laure Vilgrain est postdoctorante en écologie marine à l’Université Laval (Québec, Canada). Sa passion pour l’océanographie naît lors de sa licence de biologie à Sorbonne Université. Cet intérêt la conduit à poursuivre ses études en master Sciences de la mer. C'est après quelques cours de master à pêcher du zooplancton qu'elle décide de se spécialiser dans l'écologie de ces organismes microscopiques, notamment grâce à l'utilisation de l'imagerie.

« La première fois que j’ai vu du zooplancton, j’étais fascinée : c’est comme pénétrer dans un autre monde, on ne s’attend pas à voir ça après une récolte dans un filet, » raconte-t-elle.

Pour observer ces organismes parfois invisibles à l’œil nu, différents outils d’imagerie sont utilisés. Laure travaille soit sur des inventaires d'espèces après une pêche au filet à plancton, soit sur des images prises avec l'Underwater Vision Profiler, ou « UVP pour les intimes », précise-t-elle. Cette caméra sous-marine, qui peut être couplée à d’autres instruments comme une rosette CTD, prend automatiquement une photographie tous les cinq centimètres lors de sa descente verticale, de manière continue et à haute fréquence.

Les images collectées sont ensuite analysées par des algorithmes capables de les segmenter afin d’identifier le zooplancton. Les clichés triés sont partagés en ligne sur une base de données appelée EcoTaxa. Cette méthode d’imagerie permet de reconstituer la répartition verticale et spatiale du zooplancton, mais aussi, grâce à la rosette CTD, de déterminer les propriétés de l'eau de mer dans laquelle les organismes évoluent.

Opportunité et recherches locales

Laure a étudié en France et travaille au Canada, ce qui lui a permis de participer à des expéditions océanographiques menées par les deux pays. Elle confie toutefois une préférence pour les campagnes canadiennes, où elle bénéficie de davantage d’autonomie et de responsabilités.

Elle se souvient notamment d’une mission en Arctique : le navire était entouré de glace, et il fallait déployer les filets entre la glace en surface et un fond marin souvent mal connu. Positionner le matériel dans ces conditions représentait un véritable challenge, mais aussi une expérience particulièrement enrichissante.

Les missions océanographiques de grande envergure permettent d’apprendre énormément sur les écosystèmes marins et les méthodes d’océanographie, mais leur impact environnemental est non négligeable. Laure se dirige aujourd’hui vers de nouveaux projets plus locaux, collaboratifs ou exploitant au maximum les données récupérées dans le passé. Elle encourage les futurs océanographes à « privilégier la qualité plutôt que la quantité, et à essayer d’entreprendre une science locale et bas-carbone, certes moins sensationnelle mais davantage porteuse de sens et d’impact. »