Fukushima : l’efficacité de la décontamination limitée par la topographie


La radioactivité subsiste dans les forêts de Fukushima en dépit d’un programme de décontamination sans précédent.

Les efforts de décontamination inédits déployés après la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (FDNPP) ont été très efficaces pour éliminer le césium 137 (137Cs), mais une grande partie de ce contaminant radioactif persiste dans les forêts qui n’ont pas été traitées, selon une étude impliquant le BRGM, le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’environnement (LSCE-IPSL) et leurs partenaires japonais du NIES et de l’IER.

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011 a entraîné un rejet massif de contaminants radioactifs, qui a motivé la réalisation d’un programme de décontamination à grande échelle sans précédent à ce jour dans l’histoire. La quantification de l’impact de ce programme sur la rémanence des contaminants radioactifs dans les paysages de Fukushima nécessite toutefois le développement d’outils adaptés.

Pour répondre à ce besoin, Rosalie Vandromme (BRGM) et ses collègues ont utilisé le réseau de surveillance des rivières pour développer et valider un modèle de transfert de l’eau, des sédiments et du 137Cs dans un bassin hydrographique représentatif de la zone la plus touchée du Japon. Les résultats montrent que les concentrations d’activité du 137Cs dans les sédiments transportés dans les systèmes fluviaux drainant le principal panache de pollution radioactive ont diminué d’environ 90 % entre 2011 et 2020. Toutefois, en raison de la difficulté de décontaminer les forêts, seuls 16 % de la surface du bassin versant ont été traités.

L’étude montre ainsi qu’après la décontamination, 67 % du radiocésium initial subsiste dans les paysages forestiers, et que le flux de 137Cs dans les rivières n’a été réduit que de 17 % par rapport au scénario d’absence de décontamination simulé avec le modèle validé. Selon les auteurs, l’étude soulève la question du bilan coût/bénéfice de la décontamination d’un faible pourcentage de la surface du paysage, alors qu’on estime que seuls 30 % des habitants sont rentrés dans la région depuis 2019. Ce nouvel outil de modélisation pourra être utilisé pour comparer divers scénarios de gestion post-accidentelle en cas de futures crises nucléaires ou industrielles.

 

Pour en savoir plus

Les laboratoires et organismes impliqués

 

Référence
Lessons learnt on the impact of an unprecedented soil decontamination program in Fukushima on contaminant fluxes. Rosalie Vandromme, Seiji Hayashi, Hideki Tsuji, and Olivier Cerdan. PNAS, October 16, 2023 120 (43) e2301811120 https://doi.org/10.1073/pnas.2301811120

 

Contact
Olivier Evrard
, LSCE-IPSL •

Source : BRGM.

Olivier Evrard


Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE-IPSL)