Campagne NAWDIC : situation météorologique exceptionnelle en Bretagne


La campagne de mesure internationale NAWDIC («North Atlantic Waveguide, Dry Intrusion, and Downstream Impact Campaign»), entre décembre 2025 et mars 2026, vise à mieux comprendre les processus dynamiques et physiques qui forment les événements météorologiques extrêmes en hiver et à mieux les représenter dans les modèles de circulation atmosphérique.

A l’issue de cette première semaine de campagne en Irlande, le bilan est de quatre vols, dont deux ont survolé la Bretagne et l’instrumentation au sol déployé par les partenaires franco-allemands NAWDIC pendant le passage de rivières atmosphériques provenant de la péninsule ibérique le 5 et 6 février (Figure 1).

Figure 1 : Trajectoires des quatre premiers vols effectués par l’avion ATR42 (avion scientifique français piloté par SAFIRE).

Figure 1 : Trajectoires des quatre premiers vols effectués par l’avion ATR42 (avion scientifique français piloté par SAFIRE).

 

Le radar RASTA à bord de l’ATR42 mesure la réflectivité au-dessus et en dessous de l’avion, ce qui donne une information sur la structure des nuages sur toute la colonne atmosphérique, comme le montre la zone centrale rouge de la Figure 2, le long du vol au-dessus du Finistère le 5 février.

Le pic de réflectivité entre 12h et 12h30 montre des nuages épais et précipitant sur le Finistère, qui ont aboutit à une accumulation d’eau dans les cours d’eau bretons. Depuis janvier, divers événements pluvieux ont créé des inondations sur la Bretagne et les rivières atmosphériques observés pendant la semaine ont continué de maintenir ces crues abondantes.

Cette situation météorologique exceptionnelle pour la Bretagne est liée à la position persistante du jet stream bien plus au sud que d’habitude (oscillation nord atlantique dite en phase négative).

 

Figure 2 : Réflectivité obtenue avec le radar RASTA le long de la trajectoire de vol du jeudi 5 février 2026. La hauteur du vol est montrée par la ligne noire et correspond à la trace orange de la figure 1. Crédit quicklook : J.Delanoë

Figure 2 : Réflectivité obtenue avec le radar RASTA le long de la trajectoire de vol du jeudi 5 février 2026. La hauteur du vol est montrée par la ligne noire et correspond à la trace orange de la figure 1. Crédit quicklook : J.Delanoë.

 

La synergie entre les instruments de télédétection aéroportées et au sol en Bretagne permettent de vérifier le comportement des instruments et de valider les mesures.

La figure 3 ci-dessous montre une très bonne correspondance entre les mesures des deux types de radar et confirme la qualité des mesures.

Figure 3 : Comparaison entre l’intensité du vent horizontal obtenue avec les 6 antennes du radar RASTA à bord de l’avion ATR42 (vignette du haut) et celle obtenue par les 3 radars BASTA situés à Lannion pendant l’intervalle de temps où l’avion était aux environs de Lannion. Crédit quicklook : J.Delanoë

Figure 3 : Comparaison entre l’intensité du vent horizontal obtenue avec les 6 antennes du radar RASTA à bord de l’avion ATR42 (vignette du haut) et celle obtenue par les 3 radars BASTA situés à Lannion pendant l’intervalle de temps où l’avion était aux environs de Lannion. Crédit quicklook : J.Delanoë.

 

D’autres inter-comparaisons sont également possibles, par exemple entre les données satellitaires d’EarthCare et les données aéroportées de l’ATR42. Ainsi le vol du 6 février (trace verte sur la figure 1) a permis de faire un segment de vol au dessous de la trace de EarthCare, satellite renseignant les profils verticaux dans les nuages.

Quant au vol du dimanche 8 Février, il s’est focalisé sur une autre région, au sud-ouest de l’Irlande. Ce vol est également une réussite avec des mesures de télédétection et in-situ, perpendiculaires à un front chaud associé à une dépression modérée et surtout à une coordination avec les avions Cessna et Halo, ce qui permet de comparer différentes mesures du même système météorologique (voir la figure 4 et la photo de la figure 5).

Figure 5 : Sondes microphysiques sur fond nuageux. Crédit photo : V.Douet.

Figure 4 : Sondes microphysiques sur fond nuageux. Crédit photo : V.Douet.

 

La vignette du bas de la figure 5 montre la structure fortement inclinée du front chaud. Cette coordination demande un travail en amont intense entre les scientifiques d’abord puis avec les pilotes des avions comme témoigne la figure 6.

 

Figure 4 : (Vignette du haut) Vols des 3 avions ATR42, HALO et Cessna le 8 février 2026. Crédit : B.Cellou. (Vignette du bas) réflectivité mesurée par le radar RASTA le long du vol de l’ATR42 ce jour là. Crédit : J. Delanoë

Figure 5 : (Vignette du haut) Vols des 3 avions ATR42, HALO et Cessna le 8 février 2026. Crédit : B.Cellou. (Vignette du bas) réflectivité mesurée par le radar RASTA le long du vol de l’ATR42 ce jour là. Crédit : J. Delanoë.

 

La prochaine semaine promet d’intéressantes perspectives avec potentiellement une remontée du jet stream vers le nord.

Figure 6 : Photo de la salle de réunion pour analyser les prévisions numériques du temps et planifier les plans de vols. Crédit photo : V.Douet.


Figure 6 : Photo de la salle de réunion pour analyser les prévisions numériques du temps et planifier les plans de vols. Crédit photo : V.Douet.

 

Édité par Daniel Peyronel (ICOM-IPSL).

 

Pour en savoir plus

Suivre la campagne :

> Mieux comprendre la formation des vents forts dans les tempêtes

> Observations de la tempête Goretti (8 janvier 2026)

Partenaires nationaux impliqués : LMD, LATMOS, LaMP-OPGC, CNRM-Météo-France, LAERO, AERIS, Safire.

Financements nationaux : projet bilatéral franco-allemand ANR-DFG DICHOTOMI (Dry Intrusion and Cloud Head winds On Top Of Marine Interfaces), Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), Centre national d’études spatiales (CNES).

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Gwendal Rivière


LMD - LATMOS