La glace du Mont Blanc révèle un lien inédit entre poussières sahariennes et climat en Europe de l’Ouest
Une étude menée par des scientifiques du CNRS Terre & Univers montre que les fluctuations climatiques de l’Holocène ont directement influencé les dépôts d’aérosols terrigènes en provenance du Sahara, avec des pics lors des périodes chaudes et arides. Ces résultats soulignent un possible effet à venir d’accélération de la fonte des glaciers alpins, en réduisant l’albédo des neiges.
L’aérosol atmosphérique est un acteur clé du climat à l’échelle régionale qui reste mal connu. La glace archive simultanément le climat passé, la charge et la composition en aérosols. Située à près de 1000 km du plus grand désert du monde, la glace des Alpes devrait permettre d’examiner le lien entre poussières Sahariennes et climat passé, un lien qui reste à établir.
Une carotte de glace de 38.6 m de long récemment extraite dans le massif du Mont Blanc a archivé l’évolution de l’aérosol et du climat en Europe depuis ~12 000 ans. La mesure de la composition chimique de l’aérosol terrigène présent dans cette glace, poussières insolubles, calcium, strontium, aluminium, ainsi que l’alcalinité de la glace démontre le rôle majeur des apports sahariens sur le dépôt d’aérosol terrigène en Europe occidentale, et ce quelle que soit la période de temps.
Dans la glace du Mont Blanc le début de l’Holocène (8000 à 4000 ans BP) se caractérise par des apports sahariens faibles suivi d’une nette augmentation liée à l’aridification du Sahara marquant la disparition du « Sahara vert », phénomène lié à la migration de la mousson vers le sud en réponse à la baisse d’insolation de la seconde partie de l’Holocène. Les signaux climatiques de la glace déposée durant les deux derniers millénaires, une période mieux documentée en termes d’aridité en Afrique et de températures en Europe, révèle clairement les périodes climatiques clés de cette période, de la période chaude Romaine (1700-2100 ans BP), la période froide de la fin de l’Antiquité, l’Anomalie Climatique Médiévale, le Petit Age Glaciaire, à la période contemporaine.

Enregistrement du climat (e) et de différents constituants de l’aérosol terrigène (a-d) dans la glace du Mont Blanc déposée depuis 2000 ans. Les bandes bleues indiquent les périodes froides (LIA et LALIA). © Référence
Les scientifiques observent de plus une augmentation des dépôts sahariens en périodes chaudes associée à une aridité accrue au Sahara liée à une oscillation nord-Atlantique positive forcée par l’augmentation de l’insolation et/ou une diminution de l’activité volcanique. Ce lien entre apports sahariens sur l’Europe et climat pourrait constituer dans le futur un important feedback positif par accélération de la disparition des glaciers Alpins suite à une baisse de l’albédo (neiges colorées).
Pour en savoir plus
Laboratoires CNRS impliqués
– Laboratoire inter-universitaire des systèmes atmosphériques (LISA-IPSL)
– Institut des géosciences de l’environnement (IGE – OSUG)
Référence
Legrand, M., McConnell, J. R., Dulac, F., Dayan, U., Preunkert, S., Chellman, N., et al. (2026). An 8,000 years Alpine ice‐core record of climate and dust: The role of Saharan dust. Geophysical Research Letters, 53, e2026GL123787.
Contact
Michel Legrand, LISA-IPSL •
Source : CNRS Terre & Univers.