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Carnet de campagne : APRES3, un périple en Antarctique (Décembre 2017 – Février 2018)

 

 

Pendant deux mois, suivez avec nous notre collègue Jean-Louis Dufresne (directeur de recherche CNRS au LMD/IPSL - Laboratoire de Météorologie Dynamique ), actuellement en mission en Antarctique dans le cadre de la nouvelle campagne de mesures des projets  APRES3 . Jean-Louis nous fera découvrir, à travers les photos, textes et/ou petites vidéos qu’il nous enverra, l’envers d’une mission scientifique polaire : la vie sur place, les recherches et leurs objectifs, les instruments, les personnes, les paysages, des anecdotes… Nous vous invitons à nous suivre tout au long de cette aventure qui vous mènera au cœur d’une mission scientifique en milieu extrême. Peut-être éveillera-t-elle en vous de nouvelles vocations ?



La campagne APRES3


La campagne APRES3 a pour objectif d’enrichir nos connaissances sur la météorologie et sur le bilan de masse de la neige sur la calotte Antarctique, d'évaluer et d'améliorer les modèles atmosphériques et climatiques dans cette région si particulière du monde.


Le plateau antarctique se trouve à une altitude  élevée (de 2 000 à 4 200 mètres), l'air y est très froid (à Dôme C, typiquement -30°C en été et -70°C en hiver) et très sec (typiquement 100 fois moins de vapeur d'eau qu'en France métropolitaine). La différence de température entre la surface et une hauteur de 40 mètres peut atteindre 30°C alors qu'elle ne dépasse pas quelques degrés dans les autres endroits du monde. Ces conditions exceptionnelles permettent d'explorer les phénomènes météorologiques extrêmes et de tester les modèles dans des conditions qui s'écartent de celles généralement rencontrées ailleurs sur Terre.


L'étude du bilan de masse de la calotte Antarctique s'inscrit dans le cadre de l'étude de l'évolution globale du niveau de la mer. Aujourd'hui la calotte Antarctique stocke une très grande quantité d'eau : si elle fondait en totalité, le niveau des mers s'élèverait d'environ 60 mètres. La neige qui tombe sur le plateau Antarctique est ensuite en partie sublimée (la neige solide change d'état et devient de la vapeur d'eau), en partie soufflé par le vent, le reste s'accumulant pour former la calotte de glace. Toutes ces quantités sont aujourd'hui encore très mal observées et mal modélisées, et on cherche à mieux les connaître.


Ce programme de recherche a démarré il y a une dizaine d'année, avec la mise en place d'instruments de mesures progressivement plus nombreux et précis. L'objectif de cette mission est d'entretenir et d'améliorer le fonctionnement des instruments, d'en installer de nouveaux et de  ramener toutes les mesures qui ont été enregistrées au cours de l'hiver sans pouvoir être entièrement envoyées dans les laboratoires à cause du débit limité des connections internet.

 

Plan de voyage de la campagne APRES3



Mercredi 6 décembre 2017

Vendredi 8 décembre 2017

Dimanche 10 décembre 2017

Lundi 11 décembre 2017

Jeudi 14 décembre 2017

Dimanche 17 décembre 2017

Samedi 23 décembre 2017

Dimanche 24 décembre 2017

Mercredi 3 janvier 2018

Jeudi 4 janvier 2018

Vendredi 5 janvier 2018

Lundi 8 janvier 2018

Samedi 13 janvier 2018

Lundi 15 janvier 2018

 

 



Mercredi 6 décembre 2017

Tout s'est très bien passé, depuis ce samedi 2 décembre où je suis parti de Roissy. Trente heures d'avion et une première escale d'une journée et demie à Hobart, en Tasmanie pour récupérer un peu.


Aujourdh'ui, départ en direction de l'Antarctique depuis Hobart (sur l'île de Tasmanie en Australie) à bord d'un Airbus A319 spécialement aménagé, vers l'aéroport australien de Wilkins , dont la piste est faite… de glace. Comme il n'est pas question de faire le plein de fuel en Antarctique, cet avion est spécialement aménagé, avec des réservoirs supplémentaires, pour pouvoir atterrir puis redécoller et retourner en Tasmanie. Fini le confort des avions de ligne modernes, place aux petits avions mieux adaptés aux transports d'un petit nombre de passagers, aux conditions météorologiques très particulières et à l'isolement de l'Antarctique.


Changement d'avion à l'aéroport australien de Wilkins


L'aérodrome de Wilkins est situé à environ 70 km au Sud Est de Casey (66°41′27″ S, 111°31′35″ E). C'est le terminal antarctique de service aérien international. Il est consutruit 700 mètres au-dessus du niveau de la mer pour réduire les risques de fonte des glaces en été.



Botte de 3 kg versus charentaise, taille 42...

Les nuages ne m'ont pas permis de voir la mer et les icebergs, mais le beau temps nous a permis d'atterrir sans problème sur la piste de glace de l'aérodrome de Wilkins. J'y ai découvert mon nouvel habillement : le plus impressionnant c'est les bottes ! Probablement 3 kg chacune, double semelle, double botte. La salopette et l'anorak ne sont pas mal non plus. Lors de notre attente du dernier avion pendant 2 heures par -10°C, sans vent, on avait chaud et les vestes entre-ouvertes. Enfin, dernier décollage à bord d'un DC3. Survol du plateau Antarctique par temps clair : le plateau est très grand, très plat et très blanc !






Zoom sur l'itinéraire en Antarctique




Vendredi 8 décembre 2017

Dépaysement total : découverte d'un monde en deux couleurs, blanc et bleu...


Ca y est ! Après un assez long périple me voilà arrivé à la station Concordia située en Antarctique, à Dôme C, où je vais passer les 3 premières semaines de travail.


Station Dôme C / Concordia



A l'arrivée à la station Concordia, un peu groggy, on est saisi par le froid, surtout au visage (température -33°C). Heureusement les autres occupants de la base se chargent de débarquer les bagages, on n'a qu'à monter les quelques marches pour aller se reposer au chaud. Il ne nous reste plus qu'à récupérer du décalage horaire, de l'altitude et prendre le rythme de la station.


L'altitude nous incite à commencer doucement et avec Christophe Genthon (responsable mission CALVA - IGE Grenoble) nous avons commencé à faire le tour des installations et à lister le travail à faire. J'ai découvert le froid, très supportable sans vent mais rapidement pincent dès que le vent se lève. Ici nous sommes dans un autre monde.


Quelques instruments de mesures météorologiques

Le premier jour a commencé en douceur à cause de la fatigue liée à l'altitude. On fait un petit tour pour avoir un aperçu général de la station et des instruments météorologiques sur lesquels on va travailler plus spécifiquement. Mesure de température, d'humidité et de vent, de 50cm au-dessus de la surface à 40 m de haut. Dehors il fait froid (-32°C) mais surtout il y a un peu de vent (20 km/h) qui pique le peu de peau de notre visage qui n'est pas protégé. On ne traîne pas pour cette première sortie. Dans l'ensemble les instruments sont en bon état, notre séjour s'annonce bien pour l'instant.





Et je découvre un monde à deux couleurs : bleu et blanc, les autres couleurs proviennent de constructions ou d'objets apportés par l'homme.




Dimanche 10 décembre 2017

Petit déjeuner vers 8h, une heure plus tard que d'habitude car c'est dimanche ! Ce matin je suis de vaisselle et de nettoyage. Chacun est de service une fois tous les 10 à 15 jours, pour la vaisselle et, pour ceux du matin c'est nettoyage de la salle à manger. Comme mon binôme était italien, ça m'a fait plaisir de pouvoir parler et pratiquer cette langue. Ce matin, ce n'est pas l'effervescence habituelle, tout le monde traâne et profite de la matinée. Et puis ici, on peut se faire du thé ou du café un peu partout (l'air est si sec, il faut absolument boire !). Il y a également des petits gâteaux à volonté (avec le froid, on brûle beaucoup de calories) donc pour beaucoup le petit déjeuner se fera ailleurs que dans la salle à manger. Matinée tranquille.


Pendant ce temps Christophe est allé vérifier que le mauvais fonctionnement des instruments ne vient pas de l'alimentation électrique. On décide de ramener les instruments au chaud dans la station pour les démonter. Comme ils se trouvent en haut de la tour, on réfléchit à la meilleure façon de faire : nous irons en début d'après midi, quand il fera meilleur.


Première réparation d'un instrument défaillant


Midi : Apéro pour certains, puis repas copieux, comme d'habitude. On a même droit à du rosé !


Après le café, Christophe et moi allons à la tour démonter les instruments. Après avoir enfilé les baudriers et signalé notre ascencion dans la tour par un appel radio, nous y montons, tout engoncés et arnachés. De là-haut, la vue est toujours aussi fascinante. Je ne sais pas pourquoi, je pense au film de Felini « e la nave va ». L'instrument est en devers de la tour, et malgré nos gants, nous arrivons à tout démonter sans rien faire tomber en bas. Pas peu fiers ! Nous descendons un peu fatigués. J'apprécie beaucoup la petite marche tranquille d'un kilomètre pour retourner à la base, au milieu de nul part, entre ciel et neige.


La tour de 40 m de haut, sur laquelle sont placés des instruments de mesure à 6 hauteurs différentes, de 0,5 m à 40 m. En Antarctique, les variations de grandeurs météorologiques près de la surface peuvent être très élevées (plusieurs degrés en quelques mètres)


Aujourd'hui, c'est repos. Des collègues sortent en courant pour jouer au badminton ! Jouer au badminton avec ces grosses bottes et l'arnachement du grand froid, un défi en soi ! Nous allons prendre un thé et nous reposer un peu. Avant de retourner voir notre instrument. Nous comprenons l'origine de la panne et le réparons. Super ! Demain nous le remettrons en place.


Je me rase. Pas de douche aujourd'hui, vu le nombre de personnes et le manque de fuel. La recommandation est de 2 courtes douches par semaine. L'eau pour se laver est ici en circuit fermée. L'eau salle (hors WC) est retraitée puis remise en service. Du coup, elle a un odeur très particulière, peu ragoûtante qui fait qu'on n'a pas très envie d'en boire. L'eau buvable, issue de la neige fondue, vient d'un circuit à part.


Apéritif, dîner, jeux divers. J'envoie quelques messages, lis un peu, je me couche et m'endors aussitôt.




Lundi 11 décembre 2017

Ce matin, c'est la sonnerie du réveil qui m'a réveillé pour la première fois. J'ai bien dormi, presque d'une traite. Petit déjeuner copieux. 8h, briefing technique du matin avec les nouvelles générales et la liste des principaux travaux de la journée. Les nouvelles générales concernent essentiellement les allées et venues des bateaux, du raid et des avions. Le bateau à des problèmes et partira de Hobart avec quelques jours de retard. Son arrivée est très attendue car il apporte une grosse cargaison de fuel, et ici, c'est le nerf de la guerre. Le raid, c'est le cordon ombilical de la station. Une espèce de train composé d'une suite de traîneaux avec des énormes tracteurs sur chenilles tirant tout ce qui permet de ravitailler la station, avant tout du pétrole et de la nourriture. Un convoi de quelques centaines de tonnes. C'est le premier de l'été (c'est-à-dire depuis plus de 9 mois) et il est très attendu car les cuves commencent à être à vides. Le raid est parti avec 2 jours de retard mais il avance bien : 40 et 50 km les premiers jours. Ce sont les plus difficiles car les véhicules sont alors très chargés et ça monte… mais au total il faudra faire 1200 km, en 12-15 jours en général. En chemin, le raid doit préparer une piste d'atterrissage et déposer du fuel pour permettre aux avions qui vont vers Concordia de faire escale. Une fois cette piste d'atterrissage opérationnelle, tout un ensemble de vols avion est prévu. On est en retard cette saison. En particulier les derniers hivernants devraient déjà être partis. Leur départ est repoussé depuis quelques semaines, et ils commencent à trouver le temps long ! Ici on est au bout du monde et les discussions tournent facilement autour des questions de transports, de ravitaillement, d'avions, de bateau et de raid.


Tout le monde se réunit pour le briefing du matin


Christophe a fait un abri ventilé qui fonctionne à partir de deux abris qui ne fonctionnaient pas. Nous irons à la tour cette après-midi quand il fera meilleur pour remettre en place l'appareil de mesure réparé hier. Ce matin, nous nous occuperons des instruments du bas de la tour dont les deux ventilateurs ne marchent pas. Mais je me suis aperçu que j'ai un gelure au bout du nez. J'ai dû me faire ça hier sans m'en rendre compte. Il vaut mieux ne pas retourner tout de suite dans le froid et je reste ici, au chaud, dans notre pièce de travail ce matin. Christophe ira avec Nathalie. Je reste travailler dans notre bureau. De temps en temps une « sirène technique » sonne. C'est une alarme destinée au personnel technique pour signaler un problème. Ici, c'est un monde très technique : centrale électrique, traitement des eaux, chauffage, informatique, etc. , la station est coupée du monde. Quand on passe dans le couloir qui relie les deux bâtiments principaux on sent une odeur d'huile chaude.


Ils sont revenus avec l'appareil défectueux que nous réussissons à réparer. Puis c'est l'heure du repas ! Les discussions vont bon train, en français, italien et anglais.

Mon objectif est maintenant de trouver un masque pour me couvrir le nez et pouvoir sortir dehors. Mission accomplie, un peu de vaseline sur le nez pour mieux le protéger du froid et je sors. Le masque protège bien mais j'ai plein de buée sur mes lunettes. Lorsque cela arrive, on a l'habitude d'essuyer la buée, mais ici la buée c'est de la glace, nettement plus difficile à enlever ! Je vais donc m'embêter tout l'après midi, à jongler avec mes deux paires de lunettes. Ce n'est finalement que sur le retour que je commence à savoir comment m'y prendre. Mais mon nez est resté bien protégé !


Depuis le caisson enterré au pied de la tour, vérification du bon fonctionnement des instruments après réparation

Christophe a changé l'instrument en bas de la tour : tout fonctionne. Nous montons sur la tour. Je ne vois pas bien avec la buée, du coup je suis plus tendu et je trouve cela fatigant. En haut de la tour, nous réinstallons l'appareil qui remarche à merveille. Deuxième succès ! Je fait tomber un de mes gros gants dans la bataille, mais j'ai du rechange. La buée me gène toujours et nous descendons tranquillement. Puis, direction un caisson enterré sous la neige dans laquelle il y a l'électronique d'acquisition : tous les instruments semblent bien fonctionner, nous rentrons contents.


Au retour, repos, thé, chocolat, gâteaux. Par la fenêtre, toujours cette lumière très forte, ce blanc et ce bleu à l'infini, même si cette après-midi est un peu nuageuse. Un peu de bricolage et de travail, on lance une lessive… et on va manger ! Ce soir, repas sarde pour l'anniversaire d'un futur hivernant, sarde comme le cuisinier ! Pâtes, cochons grillés, patates sautées, vin rouge. C'est très bon, très copieux et … assez riche.


Poker, tarot, baby-foot, billard italien, clip-vidéo, moments de détente avant que chacun aille se coucher. La station est bien pleine : 70 personnes environ. Le jour baisse légèrement, la température aussi (-34°C pour l'instant), je prends un livre avant d'aller me coucher.




Jeudi 14 décembre 2017

Aujourd'hui, travail de vérification et de réparation des instruments sur la tour avec un beau ciel bleu. Avant toute ascension de la tour, il faut appeler la station par radio. Ensuite, nous mettons le baudrier et commençons à grimper. Depuis ma gelure au nez, je me protège systématiquement lorsque je sors.


Les instruments de mesures sont situés le long de la tour, entre autres s'y trouvent des thermo-hygromètres, des anémomètres, des sondes de température et d'humidité.


La tour vue d'en bas


Gros plan sur les instruments de mesure. A gauche, les thermo-hygromètres (cylindres blancs) un peu cachés derrière leur boîtier de raccordement électrique. A droite, l'anémomètre (mesure du vent) constitué d'une hélice à l'avant d'une girouette


En haut de la tour, baudrier et masque pour J.-L. Dufresne pour se protéger le nez des gelures



Dimanche 17 décembre 2017

Aujourd'hui, j'ai fait "la" sortie du dimanche. Ici elle prend la forme d'une balade sur un chemin blanc, dans un univers blanc et bleu, jusqu'à une grosse clé en bois plantée dans la neige, à 5 km de la station. Ce fut une très belle journée, pas trop froide (-26°C), peu de vent, ciel très bleu. J'aime marcher dans cet univers éblouissant et totalement immobile. On avance, il ne se passe rien, on est un peu essoufflé avec l'altitude, tout est paisible par ce temps. A l'aller, on avait le vent dans le dos et presque trop chaud, au retour il fallait se protéger davantage le visage. On reste très vulnérable au moindre changement de conditions météorologiques.


Promenade digestive sur la route qu'empruntera le Raid dans quelques jours pour ravitailler la station. Belle journée, il fait bon (-26°C) avec un vent modéré (5 m/s). En chemin on fait de drôles de rencontres !


La semaine est passée rapidement, avec une sorte de routine qui s'installe dans ce lieu isolé de tout. Nous avons terminé le travail sur la tour (vérifier, entretenir et si besoin réparer les instruments). Ce travail nous obligeait à sortir et à monter ces 40 mètres dans une tour qui, lorsqu'on s'approche du sommet, oscille légèrement, ce qui impressionne au début. De plus, il faut monter y doucement car l'effet de l'altitude se fait toujours sentir.


Nous avons aussi eu droit à notre lot de problèmes informatiques, même en Antarctique ! On devait installer une nouvelle centrale d'acquisition de mesures qui les enregistre avant qu'un ordinateur le récupère. La centrale refusant de fonctionner, après une bonne journée où nous avons tenté différentes approches « douces », nous sommes passés à la méthode radicale : réinitialisation complète du système en enlevant les piles de secours. Et là, eurêka ! Une fois les programmes mis à jour, nous avons installé la centrale dans l'abri. Tout fonctionne bien et la centrale est maintenant branchée sur le réseau informatique de la station. Nous allons pouvoir faire des mesures pendant plusieurs jours et les analyser pour s'assurer que tout fonctionne de façon optimale et que les mesures sont correctes.

 

La promenade n'est pas très longue (10 km aller-retour) mais ce n'est pas une raison de se priver d'un peu de thé chaud et de chocolat.


Cette semaine, pour la première fois depuis notre arrivée, nous avons eu un ciel très nuageux pendant presque la journée entière. Jusqu'à présent le ciel était très bleu, avec quelques rares nuages, surtout des nuages hauts, mais aussi en milieu de journée des nuages dit « de beau temps », assez bas (des nuages de couche limite). Cela fait drôle, pour quelqu'un comme moi qui étudie les nuages, de voir ce type de nuages par une température si basse.


Ce soir, lecture probablement pas trop tardive, la nuit dernière a été un peu courte.

 



Samedi 23 décembre 2017

Ce matin, moment d'émotions fortes pour le départ des derniers hivernants. Depuis que je suis arrivé il y a maintenant plus de 15 jours, on parle de ce départ, retardé sans cesse pour raison météo ou d'avion non disponible. Ce matin, les haut-parleurs ont lancé "l'aeroplano si posta in 20 minuti. Airplane is forseen to land in 20 minutes. L'avion atterrira dans 20 minutes".


L'avion atterrit comme prévu vers 8h30, par beau temps et -32°, sans vent. Presque toutes les personnes de la station sortent et accompagnent les hivernants, ainsi que quelques estivants en route pour la station de Dumont d'Urville. Au revoir, embrassades, dernières blagues. Les bagages sont chargés et les passagers suivent, allez encore des embrassades... Ce départ représente quelque chose : un peu plus d'un an de vie isolée, seulement troublée depuis quelques semaines par l'arrivée des futurs hivernants et des estivants. Dôme-C est souvent comparé à une station spatiale, ou à une station sur la Lune ou sur Mars, et ce n'est probablement pas usurpé. L'ESA est d'ailleurs très présente à Concordia. Ceux qui partent n'ont pas vu un brin d'herbe, une fleur, un arbre, pas entendu un chant d'oiseau, une rivière qui coule, pas senti l'odeur de la pluie ou le parfum des fleurs depuis plus d'un an. Et je ne parle pas de ville ou de foule. Certains reviendront en Antarctique, plutôt en été, parfois hiverneront à nouveau. Pour l'instant, ils pensent à la nouvelle destination à laquelle ils ont réfléchi depuis de longues semaines, très souvent un voyage quelque part dans un pays plus ou moins exotique. Les futurs hivernants sont aussi très émus. Ils anticipent ce qu'ils vivront l'an prochain, avec la même situation, la même scène, la même émotion.


Et d'ici là, dans un mois et demi, ce même avion emportera les derniers estivants. Alors seulement 13 ou 14 hivernants resteront sur place, sans aucun contact direct avec l'extérieur pendant 9 mois, ne pouvant compter que sur eux-mêmes, sans possibilité de nouveau ravitaillement...




Dimanche 24 décembre 2017

L'arrivée du raid !


Normalement le dimanche et un jour de quasi-repos, mais cela n'a pas été le cas aujourd'hui. Outre le départ matinal d'un avion et un retour en fin d'après midi, il y a surtout eu l'arrivée tant attendue du raid ! Le raid est le cordon ombilical de la station, une espèce de train sur luge, avec plein de wagons bizarres, tirés par d'énormes engins sur chenilles. Il y en a deux ou trois par an (2 cette année) et c'est par eux que provient la quai totalité de l'approvisionnement de la station. Pas de raid, pas de vie possible à la station.


En fin de matinée, nous étions montés sur la tour pour vérifier des branchements électriques. La vue était magnifique, avec quelques nuages. C'était la première fois que je me réjouissais de voir des nuages pour briser la monotonie du ciel bleu. Loin sur l'horizon, au Nord (donc vers le soleil !), nous avons aperçu quelques tâches sombres dont nous avons ensuite eu confirmation par la radio qu'il s'agissait bien du raid : « travesta in vista ! ». La vue était très dégagée et le raid pas très rapide (10-12 km/h), ce qui fait qu'il n'est arrivé que plusieurs heures après.


J'avais beaucoup entendu parler du raid, très bien présenté dans la BD "La lune est blanche" (éditions Futuropolis). On m'avait dit que c'était quelque chose d'énorme, je n'ai pas été déçu. Précédés par une dameuse-chasse neige pour aplanir la surface, d'énormes tracteurs à chenille tirent plusieurs wagons, pour la plupart des cuves de fioul mais aussi des containers remplis de choses diverses, dont la nourriture des 6 prochains mois ! Les chauffeurs conduisent 10 à 12 heures par jour, le soir ils font le plein, révisent leur machines et repartent le lendemain à "l'aube" (c'et-à-dire très tôt vu que l'aube n'existe pas ici en été). Au moindre écart du chemin préparé par les dameuses, c'est l'enfouissement des "wagons" dans la neige et quelques heures de travail pour les sortir de là.


Le convoi est arrivé dans l'après-midi, l'équipage a commencé à décharger avant de partager avec nous un gargantuesque réveillon de Noël.

 


Mercredi 3 janvier 2018

Joyeuse et bonne année 2018 !


Depuis le grand sud, je vous souhaite une très bonne nouvelle année 2018, lumineuse et avec juste ce qu'il faut de nuages pour créer quelques surprises. Ici, la dernière journée de 2017 fut exceptionnellement chaude : -25° C sans vent. Du coup, j'ai pu rester quelque temps en haut de la tour à me dorer au soleil et admirer l'horizon. C'était vraiment bien !


Normalement demain matin, si la météo le veut bien, je pars pour la station de Dumont d'Urvile où je devrais passer une quinzaine de jours. Je suis à mi-parcours de mon séjour en Antarctique.


Joyeuse et très bonne année de la station Cncordia - Dôme C, de la part de Jean-Louis Dufresne

 


Avant le départ pour Dumont d'Urville, quelques images de Concordia, univers de la neige et du ciel bleu....

 

La station Concordia, avec ses deux tours et ses occupants le 21 décembre. L'une des tours est dite "calme" (chambre, bureau...), l'autre "bruyante" (restaurant, salle vidéo, salle de sport...)

Montage d'un nouveau bâtiment pour stocker les réservers et le matériel. Les structures en bois sont de plus en plus utilisées.

En été, la station peut accueillir 50 à 70 personnes, voire plus certaines années. Une partie loge dans le « camp d'été » (à gauche) et si besoin dans des tentes chauffées.

Quand la neige est suffisamment tassée, c'est pratique le vélo !

Notre terrasse de café !



Jeudi 4 janvier 2018

Ca y est, ça devrait être bientôt le départ pour la station de Dumont d'Urville où d'autres travaux nous attendent. Ici nous avons fini ce qu'on devait faire, fait un dernière inspection des instruments, fait les derniers rangements. Nous mettons en caisse ce qui doit être réexpédié en France, ce qui reste ici est rangé, nous passons les consignes aux hivernants qui surveilleront les instruments pendant l'hiver. Il ne reste plus qu'à ranger nos affaires et à tout peser pour l'avion ! Et bine sûr à attendre la confirmation du départ. Ici, les vols sont très tributaires de la météo et fréquemment retardés de plusieurs jours. L'avion est arrivé cet après-midi, c'est déjà ça.


Nous sommes dans les premiers à partir, pour les autres le compte à rebours a aussi commencé. Ça se sent dans les discussions, il ne s'agit plus de commencer de nouvelles choses mais plutôt de bien terminer tout ce qui a été commencé. On en est au deux-tiers de la période estivale, dans à peine plus d'un mois tous les estivants seront partis. Il n'en restera plus que 13 qui maintiendront la base en bon fonctionnement.


Fin d'installation et de révision des instruments


En Antarctique, les sondes de température reçoivent du rayonnement solaire de tous les côtés à cause de la neige. Ce rayonnement les chauffe et peut fausser la mesure de température de 10°C en l'absence de vent. Pour éviter ce problème, les sondes sont placées dans des abris fortement ventilés… qui parfois se remplissent de givre ou de neige. Des développements instrumentaux ont également été réalisés pour mesurer l'humidité, et pour le vent, un anémomètre suffisamment résistant a été adopté après plusieurs essais. Ces instruments sont installés près du sol, mais aussi sur la tour pour mieux connaître les échanges surfaces-atmosphère.

 

Instruments installés au sol et sur la tour


Difficile de mesurer la quantité de neige qui tombe sur le plateau Antarctique du fait des conditions climatiques extrêmes. Les essais réalisés avec ce nouvel appareil ne se sont pas révélés positifs...


Dernières vérifications des branchements et derniers rangements avant de passer la main aux hivernants qui surveilleront ensuite le bon fonctionnement des appareils pendant tout l'hiver.



Vendredi 5 janvier 2018

Je suis toujours à la station de Concordia dans l'attente de conditions météorologiques favorables. L'attente Antarctique. En arrivant, j'ai vécu cette attente de l'extérieur, avec les hivernants qui attendaient de pouvoir rentrer chez eux (ou au moins commencer le chemin du retour). Maintenant, je la vis de l'intérieur.


Dans le principe c'est assez simple : il suffit que l'avion aille tout droit pendant les 1 100 km qui nous séparent de la station Dumont d''Urville (DDU pour les intimes). Entre les deux il n'y a rien, et c'est un peu là le problème. L'avion qui doit nous transporter a une autonomie limitée et ne peut faire la traversée en une seule étape qu'avec 2-3 passagers au maximum. Or, nous sommes cinq, avec pas mal de bagages, il faut donc faire une escale au milieu du parcours. C'est prévu, il y a « mid-point », un endroit sur le plateau Antarctique où l'avion peut atterrir et où il y a des cuves avec des réserves de fuel… et rien d'autre. Si on ne peut pas décoller... il faut attendre dans l'avion que la météo s'améliore. Donc pour que le voyage puisse se faire, il faut que les conditions météorologiques permettent de décoller de Concordia, d'atterrir puis de décoller de « mid-point », et enfin d'atterrir à DDU. Hier ce n'était pas le cas, et aujourd'hui… ce 'est pas encore le cas, pour l'instant.


Le rythme de la journée est un peu spécial. Levé à 6h30 pour être prêt à un éventuel décollage à 8h. A 7h, point météo… bof, pas de départ pour l'instant, nouveau point à 10h, puis… bof, nouveau point à 14h, puis…etc…  on verra demain. Il faut à tout moment être prêt à partir dans la demie-heure, si jamais… On traâne, on bouquine, on bricole des petites choses, on croise les autres, « tu es encore là, toi ? » et autres boutades de circonstance. J'étais surpris qu'on ne se dise pas au revoir la veille du départ. Tout le monde te dis « je viendrais te dire au revoir au départ de l'avion »… et je comprends pourquoi !



Lundi 8 janvier 2018

Nous sommes toujours là. Vu les conditions météo, il était clair depuis vendredi soir que nous ne pourrions pas partir avant mardi, donc nous nous sommes organisés, nous avons aidé les collègues, visité des installations que l'on n'avait pas encore vu, travaillé, écrit, bref nous avons fait ce que nous pouvions encore faire avec un peu de temps devant nous.


Hier matin, grosse surprise, quelqu'un a vu Skua, un gros oiseau qui vit en mer, donc très loin d'ici. C'est la première fois que je vois un animal depuis le mois que je suis ici, et c'est très rare qu'il y en ait. Une fois toutes les quelques années. La route est longue depuis la côte, plus de 1 000 km, sans rien à manger ! Que venait-il faire ? En tous cas, il a vite disparu.


J'ai appris, juste avant midi, que « normalement » je devrais partir cette nuit, vers une heure du matin. A suivre…



Samedi 13 janvier 2018

De Concordia à Dumont d'Urville !


Après une semaine d'attente et deux faux départs, nous nous sommes enfin envolés pour la base Dumont d'Urville. Le vol s'est très bien passé. Avec un ciel dégagé sur plus de la moitié du survol du plateau antarctique, les traces du raid étaient bien visibles. Venant de Dôme C, l'arrivée à Dumont d'Urville est très impressionnante, d'autant plus qu'il faisait beau: du relief, de la mer, des crevasses, des manchots, du bruit, des odeurs. Je devrais y rester une semaine, le départ sur l'Astrolabe étant prévu le 20 janvier, pour l'instant.


Le départ est émouvant, les relations humaines sont très fortes dans un endroit aussi isolé et clos que la station Concordia, et puis... ça fait une semaine que nous attendons de partir !
 

Pas mal de bagages, un peu de place (mais pas trop!) pour les passagers ! Ce n'est pas grave, tout le monde s'arrange et contemple ce paysage de glace sans fin.

Un arrêt au milieu de nul pat pour faire le plein de carburant. Les nuages donnent un peu de relief à cette étendue infinie de glace.



Lundi 15 janvier 2018

Mes deux premiers jours à Dumont d'Urville m'ont permis d'apprécier la météo locale et ses tempêtes légendaires. Un des surnoms de Dumont d'Urville est "la maison du blizzard".... Beaucoup d'animation sur la station car l'Astrolabe est arrivé juste après nous. D'abord coincé par la glace à une quinzaine de kilomètres, la tempête a dû fragiliser la glace de mer et aujourd'hui il n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres du quai de débarquement officiel qu'il n'a pas accosté depuis longtemps.


Samedi après midi, très belle journée, nous sommes allés voir une station météo qui mesure aussi la neige soufflée par le vent. La neige l'a en partie ensevellie, il faudra revenir la déneiger. Pour y aller, nous avons pris un engin à chenille amusant à regarder mais bruyant et peu confortable. Le soir, beau ciel, mais qui annonce l'arrivée d'une dépression.



 


Dimanche, forte tempête à Dumont d'Urville. Le vent souffle à 100 km/h, avec des rafales jusqu'à 164 km/h. On a du mal à marcher sans perdre l'équilibre et il vaut mieux s'accrocher aux rambardes. La neige fouette le visage mais il ne fait pas froid (-2°C).

 

Les manchots Adélie restent immobiles à couver leurs petits pour les protéger du froid

 



 

 

Pour en savoir plus :

Projet APRES3 : http://apres3.osug.fr/

Projet CALVA : http://pp.ige-grenoble.fr/pageperso/genthonc/SiteCALVA/index.html

L'IPEV: http://www.institut-polaire.fr

L'aérodrome de Wilkins : http://www.antarctica.gov.au/living-and-working/travel-and-logistics/aviation/intercontinental-operations/wilkins-aerodrome

La station de Concordia : http://www.institut-polaire.fr/ipev/infrastructures/les-bases/concordia/